C. Robino, président de la commission de l’éducation et de la jeunesse


Interview Monaco Hebdo

 

Quels sont les textes sur lesquels travaillent votre commission ? 

Le travail législatif n’est pas l’activité principale de la Commission Education Jeunesse. Après l’adoption du projet de Loi sur le prêt étudiant, il n’y a plus de texte sur le bureau de la commission.

 

Quels sont les principaux sujets qui vous préoccupent actuellement ?

Plusieurs thèmes ont été abordés notamment à l’occasion des dernières séances publiques : l’orientation des jeunes, la nécessité de recenser et de suivre les jeunes monégasques en cours d’études supérieures, réévaluer les dispositions régissant l’attribution des bourses d’études en particulier pour les grandes écoles à l’étranger, la place du sport dans les études et l’intégration des filières sportives, les politiques de prévention des addictions et du harcèlement.

 

Quel travail concret pourra être fait d’ici les élections de février 2018 ? 

Nous nous sommes d’ores et déjà attachés à obtenir du Gouvernement la révision de certaines dispositions du règlement des bourses d’études. Suite à nos demandes itératives, un premier classement a pu être établi par le Centre d’Information de l’Education Nationale, des grandes écoles françaises et internationales. Celui-ci devrait servir de référence pour déterminer quelles écoles justifieront d’une majoration des bourses d’études prenant en compte, enfin, oserai je dire, les frais réels de scolarité sans plafonnement et indépendamment du calcul du quotient familial. Dans un deuxième temps, une réflexion plus globale sur le calcul du quotient familial et les conditions d’attributions des bourses forfaitaires pourrait être menée. Enfin, nous organisons des rencontres avec des professionnels indépendants du secteur de l’éducation pour alimenter nos réflexions sur d’autres méthodes d’évaluation et d’orientation des jeunes.

 

Les problèmes autour de la mobilité des étudiants monégasques en Europe et dans le monde sont-ils réglés ? 

Malheureusement non. Monaco étant hors Union Européenne, nos étudiants ne peuvent bénéficier des tarifs « préférentiels » de scolarité résultant des accords négociés par l’UE. De même, les étudiants monégasques sauf ceux pouvant faire valoir une double nationalité ne peuvent bénéficier du programme ERASMUS.

 

Les bourses d’études pour les étudiants qui veulent se former à l’étranger se montent à combien ? C’est suffisant ? Pourquoi ? 

Le montant maximal des bourses actuellement accordées reste malheureusement très inférieur au coût réel des études dans certaines Grandes Universités notamment en Angleterre et aux Etats Unis : dans le meilleur des cas elles ne couvrent que 20% du coût annuel de ces cursus prestigieux.

 

Combien de bourses ont été accordées sur l’année scolaire en cours ? 

Pour l’année en cours, 770 dossiers ont été adressés à la DENJS. Lors de la dernière commission des bourses d’études du mois de mars, 632 avaient d’ores et déjà été attribuées.

 

Sur l’année 2014-2015, 2 millions d’euros de bourses d’études ont été accordées : en 2015-2016, l’enveloppe globale des bourses d’études s’élève à combien ?

Pour l’année 2015/16, le montant des bourses d’études attribuées est resté stable autour de 2 millions d’euros. Pour 2017, un montant de près de 2,8 millions d’euros a été provisionné ce qui permettra de couvrir l’ensemble des demandes et laisse une marge confortable pour faire face au surcoût éventuel dans l’hypothèse où le projet de modification de prise en charge des frais de scolarité des Grandes Ecoles était accepté par le Gouvernement.

 

L’aide financière de l’Etat pour les prêts étudiants résoudra ce problème de façon définitive ? Officialisé en septembre 2016, ce dispositif sera effectif quand ? Quels sont les premiers chiffres que vous espérez sur cette aide aux prêts étudiants ? 

Le dispositif est effectif mais il est encore trop tôt pour dresser un premier bilan. Il est important de communiquer sur ce dispositif, qui loin de vouloir se substituer aux bourses d’études, représente un plus pour les étudiants en leur proposant une solution complémentaire de financement à taux zéro.

 

La reconnaissance de la nationalité des étudiants monégasques auprès des grandes universités, notamment européennes, pose toujours problème ? Pourquoi ? Que faire ? 

Il entre dans les prérogatives du Gouvernement de négocier, avec chaque Etat Européen ou dans le cadre d’un accord global, la reconnaissance de nos étudiants à l’étranger. Il s’agit d’une préoccupation qui a déjà été évoquée à plusieurs reprises par les élus : on ne peut plus se contenter d’un règlement au cas par cas.

 

Où en est le plan numérique lancé dans les établissements scolaires monégasques ? Vous avez des chiffres ? Vous êtes satisfait ? 

Oui nous avons des chiffres et ils démontrent que grâce à l’investissement dans ce domaine de la Direction de l’Education Nationale de la Jeunesse et des Sports, Monaco se place en leader tant dans les établissements publics que privés.

En 2016, le Lycée Albert Ier a déployé et mis à niveau son réseau WIFI, permettant ainsi une  plus grande mobilité comme l’utilisation de tablettes. Les écoles primaires se sont vues doter de 93 vidéoprojecteurs interactifs (VPI) et 5 Tableaux Blancs Interactifs (TBI), le Collège Charles III de 29 TBI et le Lycée Technique et Hôtelier (LTHM) de 15 VPI. Le Collège Charles III a bénéficié d’un renouvellement de son parc informatique et le LTHM  s’est vu doté d’une imprimante 3D.

Au-delà des équipements, un certain nombre d’enseignants seront certifiés avec l’acquisition du Certificat Informatique et Internet de l’Enseignement Supérieur de niveau 2 (C2i2e) et  une grande attention est portée au développement et à la mise à disposition d’outils pédagogiques.

 

L’insertion des jeunes monégasques dans le secteur privé pose toujours problème ?

De grands progrès ont été faits grâce notamment au travail remarquable de la Commission d’Insertion des Diplômés qui accompagne les monégasques en cours d’étude ou facilite le retour des compatriotes qui, après avoir passé plusieurs années à l’étranger, souhaitent revenir dans leur pays. Ces résultats ont été obtenus grâce notamment aux relations qui ont pu être mises en place avec les différents acteurs du secteur privé en collaboration avec la Direction du travail.

 

Vous êtes pour la mise en place de quotas de Monégasques dans le secteur privé ? 

Non, je suis pour le respect de la priorité nationale telle qu’inscrite dans la Loi. Il n’est pas question d’imposer à n’importe quel prix un candidat monégasque, mais priorité doit être donnée à ceux qui possèdent les qualifications suffisantes pour occuper les postes proposés. L’établissement de quotas comporte le risque de limiter le nombre d’emplois disponibles pour nos jeunes compatriotes, ce qui ne saurait être acceptable.

 

Comment définir avec précision les besoins en jeunes diplômés ? 

Il est important de mettre en place au plus tôt, avec l’aide de l’IMSEE, une étude prospective en se basant notamment sur les résultats du dernier recensement, pour définir les besoins futurs des différents secteurs d’activités et faciliter ainsi l’orientation vers les secteurs en expansion et revaloriser certaines professions.

 

Faut-il revaloriser les métiers manuels ? Pourquoi ? Quels sont les besoins à Monaco ? 

Je suis convaincu qu’il faut revaloriser les métiers manuels, ils peuvent offrir des débouchés intéressants à nos jeunes. Ces professions restent indispensables pour nos sociétés. Il y a certainement des opportunités pour nos jeunes qui ayant l’esprit d’entreprise pourraient percer dans ces secteurs porteurs. Il faut encourager et soutenir l’esprit entrepreneurial.

 

Vous êtes en faveur du port d’uniformes dans les écoles monégasques ? 

Les objectifs recherchés par la création d’un uniforme pour les écoles monégasques pourraient être ceux de créer une image identitaire, source d’émulation pour les élèves et de gommer les différences sociales. On pourrait imaginer que sans être portés tous les jours ceux-ci soient adoptés pour des occasions particulières comme des rencontres inter établissements ou des manifestations nationales. Quoiqu’il en soit si c’est là le projet du Gouvernement, il faudra bien l’expliquer et que cela n’induise pas ou peu de surcoût pour les familles.

 

Quels sont les retours que vous avez eu suite à la mise en place de la réforme du collège à la rentrée 2016 ? 

Ils sont plutôt rassurants, les spécificités monégasques qui font le succès de notre système éducatif, ont été préservées, je pense notamment à la conservation des filières européennes et au maintien de l’enseignement du latin et du grec.

 

Où en est le texte sur le sport ? Qu’attendez-vous de ce texte ? 

Nous espérons le dépôt de ce texte avant la fin du premier semestre, c’est en tout cas ce qui nous avait été indiqué. Il devrait permettre de confirmer le rôle de chacun des acteurs : la DENJS qui depuis toujours est impliquée dans l’organisation des activités sportives éducatives et associatives et du Comité Olympique Monégasque. Il devrait également clarifier les relations et les rôles respectifs des Fédérations et des clubs.

 

Les installations sportives de la Principauté sont vraiment insuffisantes ? Pourquoi ? 

La multiplication des associations sportives suite aux modifications des dispositions de la loi sur les associations en 2008 a considérablement compliqué la gestion des créneaux disponibles pour les différentes activités que ce soit dans le cadre éducatif, associatif ou du sport de haut niveau. De plus l’évolution des règlements internationaux ne permet plus, pour des raisons de conformité, d’accueillir certaines manifestations de niveau international. Il devient indispensable d’établir un diagnostic global des installations.

 

Où en est la rénovation du stade Louis II ? 

C’est un sujet qui fait l’objet de réflexions depuis plusieurs années. Le constat est là : le stade a été extrêmement mal classé par la Fédération Française de Football et faut-il le rappeler celui-ci a été inauguré en 1985. Les excellents résultats obtenus par nos équipes de football et de basket professionnels rendent indispensable à minima une remise à niveau du stade Louis II. Un projet a été étudié par les services du Gouvernement et devrait nous être prochainement présenté.

 

Quelles sont les principaux problèmes que cette rénovation doit résoudre pour le stade Louis II ? Il faut plus de place en gradins ? Plus de loges ? 

Pour moi, il y a principalement deux types de problèmes : l’absence de mise aux normes des installations pour satisfaire aux évolutions des règlements et des exigences internationales et le niveau des prestations. Concernant les loges, il est évident qu’il est urgent de restructurer les loges existantes et d’en créer de nouvelles. Ceci permettra notamment de recevoir des passionnés, de plus en plus nombreux, dans des conditions bien meilleures, correspondant plus aux attentes, conformément à ce qui est proposé dans des stades plus récents et pourquoi pas en collaboration avec les établissements hôteliers de la Principauté. Les places en gradins sont à mon sens excédentaires, même lors de match évènement comme le récent Monaco Manchester, celles-ci n’étaient pas toutes occupées.

 

Cette rénovation sera terminée quand ? Quel est le budget prévisionnel ? 

Nous n’avons pas ou très peu d’informations sur ce sujet, quand, comment, combien : beaucoup d’hypothèse mais peu de concret. Et c’est bien le problème : nous avons des équipes professionnelles au top, il nous faut un stade digne d’elles. Il est de la responsabilité du Gouvernement d’assumer la remise à niveau du stade car il s’agit d’installations publiques.

En définitive, pour le stade, il est plus que temps d’agir et la balle est dans le camp du gouvernement !

 

Pourquoi avoir rejoint le groupe politique Nouvelle Majorité ? 

L’Union pour la Principauté, l’UP, s’est tout naturellement associée à la nouvelle majorité pour plusieurs raisons. En premier lieu parce que c’était la meilleure manière de matérialiser la constitution, de fait, de notre groupe politique, rejoint en cours d’année par des indépendants et le représentant de Renaissance et manifester ainsi notre soutien à Christophe STEINER, dans ses fonctions de Président. En second lieu, il devenait indispensable pour nos compatriotes de pouvoir identifier ceux et celles qui ont la volonté de continuer à travailler ensemble jusqu’à la fin de cette mandature sans distinction partisane mais dans le seul intérêt de la Haute Assemblée. Enfin, cela va nous permettre selon les besoins de nous exprimer dans le cadre du groupe et non plus seulement à titre individuel même si, et nous y sommes tous attachés, la liberté de chacun restera respectée.

 

Il reste 11 mois avant les prochaines élections : comment allez-vous travailler entre votre mandat d’élu et la campagne qui va forcément venir s’insinuer dans les débats ? 

Certains se sont déjà lancés dans la course aux élections alors même que la campagne ne commencera qu’après l’été. Nous avons un mandat à assumer et nous sommes responsables devant nos électeurs de ce mandat. La meilleure campagne que nous pourrons faire, c’est de prouver à nos concitoyens que nous n’avons pas pour seule préoccupation notre réélection. Dans cette optique, j’entends continuer à travailler et indépendamment de toutes considérations politiciennes ou démagogiques.

 

Quels rapports avez-vous avec le groupe Horizon Monaco (HM) désormais ?

Avec la plupart de ses membres, des relations cordiales. Les amis sont restés des amis même si nos lignes politiques ont divergé, pour les autres les masques sont tombés. Quel dommage que certains aient perdu de vue ce qui avait fait le ciment de notre groupe durant la campagne : une vraie liste d’union dans l’intérêt de nos concitoyens.

 

Serez-vous candidat en 2018 ? Pourquoi ? Et si oui, sous quelle étiquette ? 

Si je décide de me représenter au suffrage de mes compatriotes, parce que mon envie de travailler pour mon pays reste intacte, il faudra que certaines conditions soient réunies : un vrai leader, capable de créer une liste d’union qui respectera les opinions de chacun autour d’une communauté d’idées. Quant à l’étiquette, je suis UP, je resterai UP.